09-03-2026

Comment le paysage des risques se transforme rapidement — et ce dont les professionnels ont besoin aujourd’hui

new challenges in risk management

Tamar Joulia Paris est une experte en gestion des risques et en réglementation dans le secteur financier et les marchés de capitaux. Elle possède une longue carrière dans la gestion et le conseil auprès d’institutions financières confrontées à des environnements de risques complexes et systémiques. Tamar combine une solide expertise académique à une vaste expérience opérationnelle en tant que dirigeante et administratrice.



 

Elle enseigne la formation « New Challenges in Risk Management » à la Febelfin Academy, où elle accompagne les professionnels dans une nouvelle manière d’aborder la disruption, les risques interconnectés et la résilience à long terme.
Ci‑dessous, elle partage son regard d’experte sur les transformations profondes qui façonnent l’avenir du risk management.

1. Quelles sont aujourd’hui les évolutions les plus importantes en matière de risk management ?

Depuis la crise du COVID, le risque a fondamentalement changé.
Autrefois, il s’agissait principalement d’incertitudes mesurables fondées sur des données historiques.
Aujourd’hui, les organisations évoluent dans des incertitudes difficiles à quantifier, alimentées par des facteurs fortement interconnectés : climat, technologie, démographie et gouvernance internationale.

L’horizon temporel de la gestion des risques s’est également considérablement élargi.
Alors qu’auparavant les organisations cherchaient surtout à limiter la probabilité et l’impact d’événements négatifs sur une période de 1 à 3 ans, elles doivent désormais gérer une période beaucoup plus longue et imprévisible de 10 à 20 ans.

Elles doivent donc conjuguer gestion de l’incertitude et résilience : absorber les chocs, se rétablir, s’adapter et progresser.

Un exemple clair est la transition vers des stratégies basées sur la finalité, l’agilité et la résilience. Les institutions financières intègrent de plus en plus des cadres d’appétit pour le risque et une planification de scénarios dynamique, afin de mieux se préparer à un environnement volatil marqué par le changement climatique, l’instabilité géopolitique et la disruption technologique.

2. Qu’est‑ce qui vous a motivée à proposer cette formation ?

Ma motivation découle de la nécessité d’équiper les professionnels avec l’état d’esprit et les outils adéquats pour gérer un futur marqué par l’instabilité, la complexité et l’imprévisibilité.
Je souhaite aider les participants à renforcer leur résilience et à considérer l’incertitude comme une force neutre qu’il faut comprendre plutôt que craindre.

Les professionnels qui s’appuient fortement sur des données historiques ou sur des modèles traditionnels de cause à effet rencontrent aujourd’hui les plus grandes difficultés.
Ils doivent apprendre à naviguer dans des incertitudes de long terme, des risques interconnectés et des systèmes en évolution rapide — ce qui exige un important effort d’apprentissage.

3. Qui rencontre les plus grands défis face à ces évolutions ?

Toutes les fonctions sont désormais concernées. La gestion de l’incertitude et la résilience sont devenues des objectifs stratégiques portés par la direction et déclinés dans toutes les fonctions : business, opérations et support.

Les équipes de risk management ne peuvent plus assumer cette responsabilité seules — les organisations ont besoin de risk champions intégrés au sein même des unités opérationnelles.

4. Quelles compétences cherchez‑vous avant tout à renforcer chez les participants ?

Les compétences clés incluent : l’humilité, l’envie d’apprendre, la pensée critique, la prise de décision adaptative, la réflexion par scénarios, ainsi que la capacité à gérer des informations incomplètes ou ambiguës.
Les compétences en communication et l’aptitude à diffuser une culture du risque dans toutes les fonctions sont également essentielles.

5. Pouvez‑vous partager une tendance récente observée dans le secteur financier ?

L’émergence de risques systémiques non linéaires — phénomènes météorologiques extrêmes, tensions géopolitiques, perturbations des chaînes d’approvisionnement, désinformation, IA — rend les modèles de risque traditionnels, basés sur le passé, insuffisants.

Cela pousse les organisations à adopter une planification de scénarios continue et à évoluer dans un corridor de performance, financier et non financier, défini par leur appétit pour le risque — ce qui renforce leur agilité et leur résilience.

6. Quel impact concret espérez‑vous que cette formation aura sur la pratique professionnelle des participants ?

Les participants devraient évoluer vers un rôle de risk champions proactifs, holistiques et soutenus par la technologie.
Ils ne seront plus uniquement des contrôleurs de conformité, mais de véritables partenaires stratégiques capables d’aider leur organisation à réagir rapidement, à absorber les chocs et à prendre des décisions tournées vers l’avenir.

Ils devraient adopter une posture d’apprentissage continu, rester ouverts à l’incertitude, utiliser des insights soutenus par l’IA et encourager une culture de responsabilité partagée en matière de risque.

Ils doivent également percevoir le risque non seulement comme une menace, mais comme une opportunité de renforcer une résilience durable.

 

Le risk management est l’art de se préparer à un futur que nous ne pouvons pas encore décrire. 

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